Siraba Dembélé – DANS SON HAVRE DE PAIX

Une championne – un club

Par Hugo Chatelain

Siraba Dembélé a découvert le handball aux confins de l’Eure et de l’Eure-et-Loir. Au sein d’une Vallée d’Avre à laquelle elle est toujours restée fidèle avant tout. Et où son premier entraineur, Alain Marchais, prêche toujours la bonne parole et prône l’union.

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Mondial 2017 – Vidéo | Le meilleur de Siraba Dembélé

Entre deux voyages à La Réunion chez l’une de ses filles, Alain Marchais sévit toujours sur les parquets de la salle multisports de Saint-Rémy/Avre. Ou plutôt l’ancien instituteur délivre de nouveau ses précieux conseils et diffuse surtout sa passion pour la petite balle pégueuse. Depuis le début de la saison en effet, il a repris du service après quelques années de répit. « J’en avais marre, je cumulais aussi en même temps les fonctions de président du Comité et secrétaire de la Ligue, justifie l’emblématique entraîneur des seniors et des -17 féminines.Cela commençait à faire beaucoup… J’ai du couper cinq ans. Je ne dis pas que cela m’a manqué, mais il y avait surtout le feu au lac. Je ne voulais pas voir mourir mon bébé quelque part. Nous étions devenus bas de gamme et sur le point de disparaître, il fallait relancer la machine. »

Cela lui tenait d’autant plus à cœur, que cette machine, c’est lui-même qui l’avait mise en route tout au bout du siècle dernier. En 1999 exactement, lorsque l’union des forces des deux communes de Saint-Rémy/Avre et Saint Lubin des Joncherets  formait le HBC Vallée d’Avre. Dans le sillage d’un phénomène local en devenir. Une certaine Siraba Dembélé découverte presque par hasard.

« Elle était assise sur le banc de touche, elle accompagnait juste sa grande sœur Camyon au départ, se remémore Alain Marchais. En fait, je n’avais pas assez de filles pour constituer une équipe. Alors, avec le président du club, nous avions organisé un tournoi des écoles un mardi après-midi. C’est ainsi que j’ai vu débarquer toute une tribu de maliennes, accompagnée du papa qui faisait presque deux mètres. Il m’a dit « je te les confie, tu les gères à ta manière ». Et parmi elles, la plus petite restait toute timide sur le banc de touche. Or un soir, il me manquait quelqu’un pour faire un exercice. Elle avait ses baskets, je lui ai dit de se placer sur le terrain. Elle a pris le ballon et cela fût aussitôt prodigieux, une sacrée découverte. Elle maniait aussitôt le ballon mieux que les autres. »

Un souvenir tenace et une première impression à laquelle n’a pas échappé non plus Jean-Luc Le Gall, le nouveau coordinateur sportif de Brest, au pôle espoirs de Chartres à la même époque. « Je connaissais plus sa sœur que j’ai entrainé, alors que Siraba est rentrée juste au moment où je suis parti. Mais il n’empêche que j’ai forcément suivi son évolution au départ, entre les stages comité et Ligue. D’ailleurs, la 1èreimage qui me revient, elle devait avoir 14 ans, je l’ai vu partir en contre-attaque en sprint, attraper le ballon d’une main et poser un dribble derrière. C’est assez exceptionnel comme enchaînement question motricité. Je ne sais même plus si elle avait marqué derrière, mais j’étais déjà bluffé. Ce n’est pas donné à tout le monde d’allier à ce point aisance avec le ballon et haute vitesse. »

Raide comme un balai

Si le technicien n’a du coup jamais eu l’opportunité d’entraîner l’ailière gauche, il n’est en tout cas pas surpris du parcours de la capitaine des championnes du Monde. Même si sa discrétion finalement, aurait pu être un frein à son émancipation. « En tout cas, on ne pouvait pas mesurer à l’époque sa solidité mentale. C’est un sacré leader de groupe aujourd’hui. Tu as envie de la suivre. Alors que l’on aurait même pu penser le contraire tellement elle était discrète. Mais à partir du moment où tu es exemplaire, tu n’as pas besoin d’être une grande gueule. Il y avait plein de défaut dans son jeu, notamment au tir, mais elle a compensé avec une extrême solidité défensive, une vitesse de projection vers l’avant et une détermination hors normes… »

Autant de qualités qui n’ont pas échappé forcément au fondateur de la Vallée d’Avre.

« C’est une joueuse avant tout, même dans les buts elle s’éclatait et nous faisait d’excellentes parties. Son seul point négatif : sa souplesse naturelle légendaire. Je ne sais même pas si elle est aujourd’hui capable de se toucher le bout du pied. Elle est raide comme un balai. Cà c’était de famille », ironise Alain Marchais. Il sait de quoi il parle lui qui avait vu passer auparavant la grande sœur Camyon et plus tard la cadette Aramata. Mais aussi une championne d’Europe -17 en la personne de Marlène Guillon, revenue encore il y a peu se refaire une santé au HBCVA, le temps de soigner une 3eopération des croisés et reprendre le fil de sa carrière à la Stella Saint-Maur en N1. Les bienfaits sans doute de l’esprit local et de la méthode du coach. Mais pourquoi cette passion inaltérable ?

« Je n’en sais rien, cela me plaît. En tant qu’ancien instituteur c’est sûrement une déformation professionnelle. C’est quand même une immense fierté d’avoir partagé du temps avec une championne du Monde aujourd’hui. Certes elle avait un don et une aisance notamment avec le ballon, mais surtout elle a bossé comme une forcenée pendant des années. Il fallait quasiment à chaque fois la virer du gymnase. Si elle faisait le premier entrainement, elle restait ensuite au suivant au cas où il manquerait des joueuses. Et ainsi de suite jusqu’à la fermeture. Ses parents savaient qu’elle était au gymnase et ils ne s’inquiétaient pas. »

Voilà qui peut en partie expliquer la longue fidélité de Sira envers son club originel. En dépit des nombreux appels du pied de voisins seulement soucieux de leurs propres intérêts. C’est souvent le cas lorsque l’on décèle une pépite. Encore plus au moment de son entrée en pôle espoirs. Mais ce n’est que deux ans plus tard, à 17 ans, que la tricolore fera elle le saut pour Dreux en Nationale 1. Juste avant de rejoindre Mérignac en Division 2. Et de lancer ainsi sa carrière professionnelle. Non sans avoir auparavant écrit la plus belle page du HBC Vallée d’Avre à ce jour. Une seule saison historique en Nationale 3, aux côtés notamment de Vanessa Ricard. « J’ai même été sa professeure de sport une année au lycée avant son départ pour le sport études. Et nous avons connu ensemble l’accession de 2002, se remémore celle qui coache désormais l’équipe -14 de sa fille.Elle était timide et n’osait pas trop, mais elle avait de grosses qualités. Elle jouait avec nous à 16 ans, alors que nous étions en pleine force de l’âge. Je me souviens d’une fille très sérieuse, à l’écoute de notre coach Patrick Veit, et surtout très famille. Ce fût un tiraillement pour elle de devoir ensuite s’en éloigner. Elle avait besoin de ses repères, elle habitait à côté de chez moi et nous faisions les trajets ensemble. Elle n’avait certainement pas conscience de ce qu’elle pouvait réaliser. De toute façon, son humilité est l’un des clefs de sa réussite je suis sûre. Elle ne rechignait jamais à sortir et laisser sa place. Et puis nous faisons partie de ces premières escapades. Ce qui m’avait marqué, je me souviens, nous avions fait un tournoi de préparation à Courseulles/Mer dans le Calvados, elle découvrait la mer pour la première fois. Je pense qu’elle s’est bien rattrapée depuis. Avec toute sa famille, ce sont vraiment des gens bien. »

Sans jamais renier ses racines

Des bases saines qui l’ont guidée et jamais quittée au fil de ses différentes expériences. Même si elles ont pu lui jouer des tours par moment. Aux dires d’Alain en tout cas, spectateur avisé et premier supporter de son ancienne protégée.

« La seule fois où j’ai été en colère après elle, c’est lors de la préparation des Jeux pour Pékin. Par bêtise et gentillesse, elle avait dit qu’elle ne se sentait pas totalement prête. Du coup, Krumbholz, qui avait trois ailières gauches, n’attendait que ce moment-là pour en virer une. Elle s’était auto désignée, elle est vraiment très gentille, elle ne ferait pas de mal à une mouche. Maintenant, je pense qu’elle s’est endurcie et qu’elle sait ce qu’elle veut. »

Elle a ainsi pris la barre du bateau France, au moment où il tanguait le plus, pour le mener sur le toit du Monde désormais. Sans jamais oublié d’où elle venait et encore moins renier ses racines.

« Dès qu’elle vient nous voir, de temps en temps, cela représente un moment important pour le club et nos jeunes joueuses. Tout le monde sait que la capitaine de l’équipe de France a été formée chez nous, c’est une vitrine exceptionnelle. Nous sommes un club formateur et l’on se félicite que des gamins de chez nous s’expriment en championnat national aussi bien chez les garçons que chez les filles, que ce soit à Chartres, Vernouillet, Dreux ou Châteauneuf-en-Thymerais. Il suffit de mettre un peu de bonne volonté pour exister. »Alain Marchais n’en manque pas en la matière. Et dispose d’un exemple idéal pour plaider sa cause du travail, du plaisir et de l’humilité.

« Même lorsqu’elle est rentrée au pôle, ce n’était pas forcément la meilleure, d’ailleurs elle est brièvement passée par France Jeunes. Elle ne s’impose pas au départ, elle reste dans son coin, cela a été le cas chez nous en N3, à Dreux, à Mérignac ou équipe de France après. Mais une fois que la machine est lancée… Car elle en a devancé pas mal de filles à son poste au final. »

Une égérie locale en quelque sorte et une collection de maillots aux premières loges du musée de l’association Leg’Hand, dont Alain est depuis peu le président. Même si une bonne partie de ses reliques vont garnir prochainement un espace dédié à sa protégée dans la future Maison du Handball. Siraba Dembélé méritait bien cet hommage. Sa meilleure place est encore cependant sur les parquets. Au bonheur forcément de son mentor. Pour une ultime confession.

« J’essaie d’aller la voir parfois lorsqu’elle joue en France avec la sélection. Je vais aller forcément au championnat d’Europe… et je ne manquerais surtout pas son dernier match avec l’équipe de France. C’était imminent à un moment donné. Ca l’est moins aujourd’hui. Elle va certes bientôt se marier, mais je la vois bien pousser jusqu’au Japon. A moins qu’elle ait rapidement envie de faire autre chose que de marquer des buts… »

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N°191 – Mai 2018