Metz Handball – CHAMPION A PLUS D’UN TITRE

Par Hugo Chatelain

 

Metz a bouclé la saison avec son 5e doublé championnat et coupe de France. Un 21e titre national et un 37e trophée depuis l’avènement du club en Elite (1986). La machine à gagner lorraine est impressionnante depuis trois décennies. Le poids de l’histoire dans une ville pleinement hand et autour de partenaires conquis. Plongée au cœur d’une véritable institution.

 

L’ogre mosellan est décidément insatiable. En l’espace d’une semaine et trois matches face à leurs meilleurs rivaux du moment, Issy Paris et Brest, les Dragonnes ont en effet tout ramassé sur leur passage : un énième couronnement national agrémenté d’une coupe de France. Mieux que l’emblématique RC Cannes au volley, sacré vingt ans de suite entre 1995 et 2015, le Metz handball ne pouvait pas mieux terminer une saison historique, déjà bonifié par un inédit et magnifique quart de finale face à Györ, futur vainqueur de la Ligue des champions. 21 titres nationaux en 31 exercices au plus haut niveau, et seulement les deux premiers au pied du podium (voir infographie), le parcours et la longévité des filles de Metz est un modèle du genre en première division. Comme les célébrations et la communion qui ont clôturé la soirée, au plus près de son public, ses dirigeants et ses partenaires. Telle est le quotidien d’une authentique institution, qui ne cède jamais à la facilité ni à la grosse tête. Et n’oublie surtout pas de se remettre en cause et multiplier les initiatives.

Pour preuve, nous avons notamment assisté dernièrement à un petit-déjeuner du Metz handball. Un nouveau rendez-vous initié par Véronique Kremer, la directrice commerciale recrutée l’année dernière plutôt qu’une joueuse. Un choix qui symbolise la philosophie du club et de son président, la pérennité plutôt que la performance immédiate à tout prix. Il faut dire que le multiple champion de France peut s’offrir ce luxe et s’appuyer sur sa culture.

Ce matin-là en tout cas, c’est Pascal Maguin qui recevait dans ses locaux tout neuf au Technopôle à la sortie Sud-Est de la ville. Autour de lui, une quinzaine de chefs d’entreprise, partenaires ou pas encore du handball, venus découvrir son activité et partager un moment également avec Marion Maubon. L’occasion pour l’ailière gauche messine de rassurer sur son état de santé à trois jours de la finale de coupe sur Paris. Elle tenait d’ailleurs à être là, juste avant l’entraînement matinal, un an après avoir assisté à l’inauguration de PM Electricité. Le maître des lieux goûtait lui son plaisir. « Comme la plupart des gens conviés ce matin, j’ai d’abord été invité par un gros groupe alors partenaire de Metz handball. C’est ainsi que je suis devenu depuis bientôt six ans un fervent supporter du club. J’ai été auparavant abonné et partenaire du FC Metz, mais je ne m’y retrouvais plus dans la mentalité du football. Je préfère l’ambiance familiale, la proximité et la chaleur humaine dégagées aux Arènes. On se sent à l’aise et on y va avec nos enfants. La discipline ne m’intéressait pourtant pas auparavant. J’ai été conquis par cet esprit combatif, cette envie de progresser et de grandir. Je me retrouve pleinement dans le milieu du handball, par cette envie de gagner, qui est une institution à Metz. »

Un tissu économique solide

Sa trajectoire professionnelle n’étant pas non plus s’en rappeler l’épopée du handball féminin local. Celle d’une équipe partie de rien, rapidement porté par la vague du succès mais toujours les pieds sur terre et la main sur le cœur. Pascal Maguin était lui licencié économique, en août 1996, lorsqu’il créait sa propre entreprise. Aujourd’hui il est à la tête d’une holding de 74 salariés, plus de 12 millions de chiffre d’Affaires cumulé et président de la CAPEB (Confédération des Petites Entreprises du Bâtiment) Moselle.

« Je ne sais pas si on peut faire un parallèle entre mon histoire personnelle et le Metz HB, mais c’est sûr que nous sommes gagneurs et combattifs en Moselle. Le club est un cumul de partenaires, qui aident et donnent un coup de main, et c’est cette multitude qui fait sa force. On aime à se retrouver ensemble autour d’un match et d’un buffet. »

Des idées et un plaisir partagés. Et un porte-parole tout trouvé pour la cause du handball à Metz. Aurélien Klein, le chargé de communication en soutien d’Estelle Gauvin – championne du Monde 2003 à l’aile droite –, peut se féliciter d’avoir signé ainsi son premier contrat business. Un salon de plus dans les entrailles des Arènes, où les VIP Or et Argent affichaient déjà régulièrement complet. Le « club business » surplombe la tribune officielle et ne cesse de gagner du terrain, à 1500 euros le sésame pour la saison. Ils étaient une petite trentaine au départ il y a cinq ans, ils sont désormais 35 entreprises et 290 personnes régulièrement dans les gradins. Pascal Maguin veille au grain et tisse sa toile. Sans rien demander d’autres que ses dix places acquises. « Je mets un point d’honneur à les accompagner, être un ambassadeur et une locomotive à d’autres partenaires. Si je pouvais en faire plus pour eux. C’est une lisibilité forcément et un moyen aussi de développer du réseau et des affaires forcément. Sans Metz HB, je ne les croiserai peut-être pas. Je cherche également des échanges dans le management avec Manu Mayonnade par exemple. On apprend tous les jours. Nous avons la chance ici de collectionner les titres, d’avoir des vice-championnes olympiques et de forts ancrages internationaux, cela se répercute forcément médiatiquement. Même si cela ne va pas encore assez vite à mon goût. Je suis très optimiste pour le sport féminin demain, entre culture de la gagne, dynamisme, convivialité, bien-être. Je décompresse énormément lorsque je vais aux Arènes. Il suffit que j’assiste à une victoire du Metz HB et j’ai l’impression d’être parti huit jours en vacances. »

Et le patron de se remémorer les jours délicieux qui ont précédé et suivi le quart de finale de la Ligue des champions cette saison. Ou encore cette finale de coupe d’Europe contre Holstebro il y a trois ans, malgré la défaite. Il avait à l’époque annuler ses vacances au Vietnam pour assister à la finale retour. « J’étais en larmes à la fin, même à 50 ans. Je rêve que demain l’on puisse rivaliser avec toutes ces équipes aux budgets colossaux et joueuses extraordinaires. Nous avons les nôtres aussi et un groupe extrêmement solidaire. C’est ce que l’on souhaite pour nos entreprises, d’avoir cette même homogénéité et unité. Chaque fois que je peux inviter des futurs partenaires à découvrir le handball à Metz, je le fais… Apprendre à se connaître en dehors du boulot peut aider à faire des affaires plus tard. Il ne faut pas le négliger. Je me sens chez moi à Metz handball, sans en abuser. Je n’ai pas de vision sur l’intérieur du club, je ne fais pas partie du conseil d’administration, mais je suis engagé à ses côtés. Finalement, comme pendant quatre jours nous sommes sur un nuage après une victoire en coupe d’Europe, je fais des économies sur mes voyages et vacances. »

Une gestion en bon père de famille

Comme lui, ce sont aujourd’hui 167 partenaires qui contribuent à la vitalité du Metz handball, et son logés à la même enseigne, qu’ils donnent 1 000 ou 50 000 € selon la fourchette actuellement en vigueur. Pas question de chercher un mécène majoritaire, ni de tendre vers la société professionnelle, pourtant tendance dans le milieu sportif. Sur place en effet le modèle associatif a fait ses preuves et trouvé en Thierry Weizman son bienfaiteur. L’ancien joueur et médecin a pris les rennes de l’entité en pleine crise de croissance au milieu des années 2000. Il préside depuis méthodiquement et judicieusement à sa destinée.

« Mon métier m’aide beaucoup dans le relationnel. Au gré de mes consultations, dès que je rencontre un chef d’entreprise, s’il est content de mes services, je lui dis que cela me ferait plaisir qu’il vienne au Metz handball. J’ai attrapé plein de partenaires ainsi, en plus de la chance de soigner les politiques du coin. La structure où je travaille est reconnue dans le coin, c’est un lieu de passage. Si je n’ai pas la surface financière d’un patron, un médecin est toujours utile dans une société. En plus, j’ai la chance d’avoir joué au handball en première division et je peux me permettre de prendre des risques professionnellement : les venues de Svetlana Ognjenovic et Ekaterina Andryushina sont quand même deux belles prises. Seulement parce que j’ai été en mesure de les soigner et les remettre sur pied. »

La Serbe et la Russe sont désormais dans le staff et pleinement imprégnées des valeurs maisons. Comme l’emblématique Zita Galic par le passé et la Slovène Ana Gros à présent. Un flair indéniable et une compétitivité sportive doublée d’une rigueur dont Thierry Weizman se porte garant, bien épaulé par une garde rapprochée entièrement dévouée. Car il ne suffit pas de bien jouer pour séduire sur place, il faut aussi se plier aux règles et se fondre dans le paysage.

« Peut-être que cela peut choquer les féministes notamment, mais j’explique aux nouvelles joueuses que lors des manifestations partenaires, elles doivent être déguisées en fille. Je préfère voir des talons et des robes. Je veux un comportement irréprochable. J’ai un exemple en tête, lors du lancement d’un modèle chez Peugeot il y a quelques années en compagnie du FC Metz. Mes filles arrivent tip top comme toujours, les gars débarquent avec le pantalon qui descend, le caleçon par-dessus et les écouteurs sur les oreilles. Sans parler du joueur qui bloque le klaxon dans une voiture, interrompant l’inauguration au grand dam du PDG. Comment voulez-vous sinon être crédible en terme d’images. Dans le même ordre, nous avons un partenaire qui fait de la balnéothérapie, la Villa Pompei à Amnéville, où les filles ont une carte d’entrée gratuite. Je leur demande d’y aller seulement par groupe de 3 ou 4 et de se faire discrète pour ne pas troubler la clientèle. Les mecs eux ils sautent dans les bassins en faisant des bombes à côté des dames qui ne veulent pas se mouiller les cheveux. Cela fait partie du savoir-vivre. Même si les footballeurs font des progrès depuis, nous avons surfé dessus. Elles ont conscience de la gratitude à avoir vis-à-vis des partenaires et du public. »

Sans parler des valeurs et de l’amour du maillot. Isabelle Wendling en est la parfaite illustration, elle qui n’a jamais porté d’autres tuniques, sauf le bleu de la sélection forcément, et surtout manqué presque aucun match durant sa majestueuse carrière. Employé désormais au service des sports de la Région, elle passe encore tous les jours au club pour régler les factures, apporter son écot à cette organisation rôdée et prendre du bon temps chaque soir de match. Comme bon nombre de ses coéquipières, devancières ou héritières. « Lorsque que tu es ou tu viens au Metz handball, tu sais que le niveau d’exigence est supérieur, de la part des dirigeants, du public, des partenaires. L’équipe a toujours bénéficié d’un énorme capital sympathie. Les gens sont agréablement surpris de voir la disponibilité des filles lorsqu’ils viennent pour la première fois, que ce soit en tribunes ou dans les salons VIP. Je ne sais pas où je serai dans 30 ans, mais j’espère que le club sera lui toujours en haut. »

Le poids de l’histoire et le choc des images

Il n’a pas peur en tout cas de dépasser les préjugés et défrayer la chronique pour faire parler de lui. Comme ses jupettes instaurées récemment comme tenue officielle et qui ont tant fait jaser le microcosme. Elles sont rentrées dans les mœurs et participent pleinement à la notoriété du champion de France. Encore une idée du président totalement assumée.

Il est loin le temps où Daniel Giorgetti, fondateur et premier permanent de l’ASPTT Metz handball, entraînait ses jeunes dans une salle de danse sans but ni zone. Tout aussi loin la période où les garçons de l’ASPTT Metz défiaient le Nis de Branko Karabatic en coupe d’Europe. Avant qu’Olivier Krumbholz, l’initiateur, ne saisisse cette formidable opportunité d’entraîner un groupe d’étudiantes qui débarquaient sans référence en première division. Trois ans ont suffit pour le porter au sommet de l’Hexagone, au bout d’une soirée à suspens et d’une longue attente d’un résultat favorable sur Paris, faute de téléphone portable à l’époque. Un premier titre qui en appelait tant d’autres. Ainsi s’est forgée la légende messine. « S’il n’y avait pas le poids de l’histoire, il n’y aurait plus de handball à Metz, certifie même Jacques Bettenfeld, dernier capitaine postier, avocat et vice-président délégué à la Fédération. Je vous rappelle que lorsque le club a été en grande difficulté financière, au milieu des années 2000, c’est l’appel à la générosité publique dans le Républicain Lorrain qui l’a sauvé. » Le jury d’appel en effet avait rétrogradé Metz à l’été 2005 et la souscription, lancée par Olivier Krumbholz et Isabelle Wendling, avait rapporté 70 000 euros en quelques jours. « Sans cela nous n’aurions pu éviter la relégation et la liquidation. Et j’avais regardé à l’époque parmi les donateurs, nous avions retrouvé des gens que l’on n’avait pas vus depuis des générations et qui étaient même partis loin, mais pour lesquels l’identité handball de l’ASPTT Metz était plus forte. »

Une histoire sans fin dont se félicite forcément la ville de Metz et son adjoint aux sports Belkhir Belhaddad. « Je pense que les Messins sont très fiers de cette équipe, il existe un vrai attachement, lié certainement à son histoire, la réussite sportive, la simplicité des joueuses et l’esprit de famille dégagé par le club. On le doit à des personnalités enracinées sur le territoire, les anciennes joueuses ne sont jamais très loin. C’est un club qui fédère autour de lui, les partenaires privés représentent un 1/3 du budget et presque exclusivement des sociétés locales, du petit artisan à la PME européenne. Une vraie locomotive et un digne ambassadeur. Nous travaillons depuis des années sur l’image de la ville et le projet de territoire à 2030, et Metz handball s’inscrit totalement dans cette dynamisation. Grâce aux filles du handball, on entend en effet parler de Metz dans toute l’Europe. Le pari de travailler sur la durée a été gagnant et leur longévité au plus haut niveau est exceptionnelle. »

Dire en plus qu’Emmanuel Mayonnade vient juste d’arriver aux manettes pour faire fructifier ce précieux héritage. N’en déplaise aux autres et à toute l’Europe !

Témoignages

« UNE BONNE IMAGE A TRAVERS ELLES »

 

Marc Cerf, DG Dodo, leader européen de la couette et l’oreiller, est partenaire privilégié du Metz HB.

« Nous sommes aux côtés de Thierry Weizman et son équipe depuis une dizaine d’année, lorsqu’il a repris le club nous avons immédiatement répondu à ses sollicitations. Notre siège est basé à Saint-Avold en Moselle, je suis originaire de Boulay comme Isabelle Wendling, et cette équipe représente idéalement les valeurs de Dodo : l’engagement, la persévérance, le respect et le courage. D’autant que dans notre domaine, 95% de notre clientèle est féminine. C’est pour nous forcément une source de notoriété, les filles voyagent dans toute l’Europe, mais nous voulons surtout donner une bonne image de notre société à travers elles. Le sport finalement se développe considérablement et dégage peut-être moins d’agressivité. Les retombées sont excellentes en tout cas. En attendant de gagner une coupe d’Europe, la C1 si possible. Mais nous serons toujours comblés et fidèles. »

« UNE FANTASTIQUE OPPORTUNITE A l’EPOQUE »

 

Olivier Krumbholz a été l’instigateur du handball féminin à Metz avant d’être le sélectionneur national de ces dames.

« C’était pour moi une fantastique opportunité à l’époque et j’avais la sensation que cette équipe avait un gros potentiel. Et pour être honnête, comme le SMEC avait dans les pattes les joueurs de l’ASPTT, mon passage chez le rival fût plutôt perçu comme une aubaine qu’une trahison. Que le frangin (son frère Jean-Paul coachait le SMEC) aille faire les filles et continuer à affaiblir les garçons. Dès la première saison nous finissons 4e sans perdre un seul match à domicile. Puis c’est le titre au bout de trois ans. Mais à ce moment-là on se dit que l’on a réussi un coup extraordinaire, pas que l’on est parti pour une telle hégémonie. Je me souviens notamment que nous avions rejoué un match à Lyon, grosse cylindrée, pour une faute technique et qu’il fallait gagner une seconde fois pour avoir une chance d’être champion sur la dernière journée. Tout en espérant que Gagny batte Besançon. Car nous n’avions pas notre destin en mains… Metz a toujours été une place forte de notre discipline, toute la Lorraine plus largement et le palais des sports était plein à craquer chaque semaine. Seul l’argent a coupé son élan chez les masculins. Il n’y a donc pas d’illogisme à ce que le féminin prenne le relais, où l’argent ne régit pas forcément tout. Ce n’est pas un produit inférieur pour autant chez nous. Seules les internationales françaises se sont faites désirer au départ. Il fallait déjà beaucoup s’entraîner chez nous… Thierry Weizman fait depuis admirablement fructifier le travail de Daniel Giorgetti et Gabriel Lemaire. La réussite c’est d’avoir des résultats dans la durée. Et en la matière Metz HB est une référence pour longtemps. Ce n’est pas anodin si les Arènes ont des sièges Jaune et Bleu. Tout un symbole de l’emprise locale du handball. »Encadré

31 saisons, 37 titres

L’ogre lorrain a bouclé sa 31e saison au plus haut niveau, avec un 21e titre de champion de France. Un palmarès hors du commun, une longévité sans égal, au gré de 8 entraîneurs différents (Olivier Krumbholz 1986-95, Joël Monasso 1995-96, Bertrand François 1996-2003 puis 2004-06 et 2009-10, Patrick Passemard 2003-04, Sandor Rac 2006-09 puis 2012-14, Sébastien Gardillou 2010-12, Jérémy Roussel 2014-15 et Emmanuel Mayonnade depuis 2015). Voici les grandes lignes d’une hégémonie sans limite.

 

L’œil de…

Philippe Hinschberger
Entraineur FC Metz

« Une pérennité extraordinaire dans les résultats »

 

Joueur de la bonne époque et entraineur depuis la remontée en Ligue 1, Philippe Hinschberger est un acteur privilégié du sport messin. Toujours fervent supporter du handball local, il ne cache pas son admiration devant le palmarès des filles du Metz HB.

Quels sont vos premiers souvenirs de handball ?

L’ASPTT Metz, d’abord chez les garçons et ensuite avec les filles. Je me souviens même que lorsque notre terrain était gelé, on s’entraînait au Palais des sports. Mais nous, les pros, on passait déjà après les joueuses de l’ASPTT. C’est normal, c’était leur parquet. Nous allions d’ailleurs les voir au match. Comme les garçons auparavant en coupe d’Europe notamment.

Une riche histoire qui fait que le hand est une institution dans la ville ?

C’est clair. Les filles du Metz handball jouent quand même la Ligue des champions aujourd’hui. Et nous les footballeurs sommes qu’une modeste équipe de Ligue 1. Mais même à l’époque, où nous jouions le haut de tableau de l’Elite, avec le mythique match à Barcelone au milieu des années 80, le handball était très présent. Il a toujours eu de meilleurs résultats européens par exemple. Nous avons gagné deux coupes de France, réalisé cet exploit au Nou Camp et été vice-champion de France en 1998. Cela ne pèse pas lourd finalement par rapport au palmarès du handball. Cette pérennité extraordinaire dans les résultats en fait sa force.

Et ce qui explique son ancrage à Metz. Comme du côté de Montpellier chez les garçons. Pour autant, que pensez-vous de la notoriété du handball par rapport au football ?

C’est vrai que les filles rassemblent régulièrement 4 à 5000 personnes, alors que nous on peut faire 25000 au stade lorsque cela marche bien. Ce ne sont pas les mêmes échelles. Mais le pire c’est médiatiquement, à la télévision. Lorsque tu vois les titres accumulés par les garçons en Equipe de France, et même la régularité des filles, imaginez-vous ce que ce serait si c’était pareil en foot. On reste figé sur le titre de 1998. Cela va faire vingt ans. Il faudrait peut-être s’inspirer des Experts. Oui c’est une injustice et un manque de respect vis à vis de votre sport. Même si le fossé tend à se réduire. Malgré tout les disparités perdurent. Prenons l’exemple du Républicain Lorrain en local : tous les jours il y a un article sur le FC Metz. Ce n’est pas le cas du Metz HB, en dépit de son remarquable parcours. Je ne juge pas mais je constate. A défaut de l’expliquer.

C’est un vain débat de comparer l’engouement des deux disciplines. Et devant la passion débordante générée parfois dans le football, ce n’est pas plus mal pour le handball ?

Bien sûr. Et je peux vous en parler au travers de mon expérience à Créteil en Ligue 2. J’allais souvent voir aussi les handballeurs en Division 1. Ce sont deux monde différents ne serait-ce que dans le public. Entre un sport populaire et banlieusard et l’autre plus étudiant universitaire et précieux. Il ne faut pas se voiler la face.

Qu’est-ce qui vous plait dans le handball, en tant que technicien d’une autre discipline ?

Ce ne fût pas toujours le sport collectif que je préférais en dehors du foot. D’autant qu’il peut être très violent. Mais j’aime bien l’ambiance d’un sport de salle, comme je suis allé souvent voir Poitiers en volley pendant mon passage à Niort. C’était top aussi et j’ai vu de la Ligue des champions. Au hand, les règles sont faites pour fluidifier le jeu. Quand je vois le chantier au foot dès qu’il y a un blessé, alors que vous avez de votre côté presque trois changements à chaque action. C’est moins construit et stéréotypé que le foot. J’adore notamment cette notion de prise d’intervalles, toujours fixer pour donner, trouver le joueur libre, cela va plus vite dans un espace beaucoup plus restreint. Et puis un sport de mains, avec des transmissions du coup beaucoup plus précises. Il y a également du coaching à chaque action, des temps morts, là où nous n’avons aucune prise au foot pendant 45 – 48 minutes.

Etes-vous finalement envieux de cette réussite et emprise locale ?

Non, absolument pas. C’est plutôt une richesse pour notre ville et notre région. J’adorerai encore avoir une équipe de haut niveau en volley également. Plus on est… Maintenant on pourrait aussi être jaloux de leur niveau. Mais on en profite pour se bonifier et essayer de tirer un peu de substance de leur réussite. Les handballeuses portent fièrement les couleurs de la ville partout en Europe. Nous on fait vibrer la passion du football à Metz. Chacun contribue à sa manière au rayonnement sportif de notre territoire.

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« Côté cour, côté jardin » de Cyril Dumoulin

N°186 – Décembre 2017