« Côté cour, côté jardin » de Michaël Guigou

« J’ai envie de Tokyo »

Côté Cour – Côté Jardin

Michaël Guigou
Montpellier HB
Equipe de France

 

Propos recueillis par Hugo Chatelain

 

Après les arrêts de Thierry Omeyer et Daniel Narcisse, Michaël Guigou est désormais l’aîné des Bleus. Depuis 2004 et sa promotion internationale, il n’a manqué que l’Euro 2008 en Norvège, le temps de soigner une opération de la cheville. Et le Vauclusien ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. S’il regarde désormais vers 2020 et Tokyo, Michaël a accepté de jeter avec nous un rapide coup d’œil en arrière.

Vidéo – Euro 2018 | Le but de la victoire de Michaël Guigou !

COTE COUR

Débuts dans le hand, une évidence ?

Oui, avec tout ce qu’il y avait autour de moi, c’était sûr que je devais y toucher à un moment ou un autre. Certes j’ai fait un peu de foot, et surtout du tennis jusqu’à mon entrée au sport études, mais j’ai toujours privilégié le handball finalement. Il ne pouvait pas en être autrement, très tôt j’ai été dans les gymnases avec mes parents, même si le mini n’existait pas à l’époque.

Le rôle de tes parents, déterminant ?

Forcément, même s’ils n’ont pas été tout le temps mes entraineurs, je leur dois déjà une bonne partie de ma formation malgré tout. Je crois que mon père a été mon premier entraineur, puis mon expérience chez moi à Apt s’est achevée avec ma mère sur le banc de touche. Ils m’ont transmis leur passion, leur amour de ce club qu’ils avaient fondé avec mon grand-père premier président. En plus, ma mère était à fond derrière l’équipe de France et m’a emmené rapidement voir des matchs internationaux, et de Marseille puis de Montpellier. C’était tellement beau et nouveau à voir. J’ai vécu ainsi la montée en puissance de la discipline.

Une image marquante de cette époque justement ?

Il y’en a plein. Mais avec le décès de Philippe Médard dernièrement par exemple, j’ai le souvenir tout petit d’être assis contre le mur au bord d’un terrain, et d’assister à un match de l’équipe de France avec Médard dans les buts. Je ne sais pas où c’était mais je ne suis pas sûr que des jeunes pourraient être aussi bien placés aujourd’hui. Les temps ont bien changé. Mon plus beau souvenir reste d’avoir suivi les JO de Barcelone en 1992 et vécu sur place le match pour la médaille de bronze. Un aller et retour en voiture et sur la journée avec ma mère.

Coupe de France 2001. Premier titre inoubliable ?

Tout est allé très vite pour moi cette saison-là, dans la foulée du titre de champion du Monde à domicile et alors que je n’avais pas disputé le moindre match en D1. Quatre internationaux s’étaient succédés à mon poste en un an, je suis convaincant presque dès mon premier match (le 2nden fait, 9/13 aux tirs et 4 passes décisives contre Pontault-Combault le 21 avril 2001, ndlr). Peu importe le club où tu es, il faut savoir saisir les opportunités. Je pense l’avoir bien fait et assumer ensuite aussitôt mes nouvelles responsabilités. En trois mois, dans une équipe touchée par le sacre de Chambéry en parallèle, je me suis installé dans cette équipe et j’ai gagné en effet ma première coupe, contre Paris à Coubertin je crois, et pour le départ en plus de Belette (Frédéric Anquetil, ndlr). Je ne peux pas oublier un tel baptême du feu !

La ligue des champions 2003, aboutissement ou encouragement ?

Ce qui est sûr aujourd’hui déjà c’est que le moment est unique pour moi, car je n’ai pas disputé une autre finale sur cette scène-là. A une époque et dans un modèle totalement différent d’aujourd’hui (le Final Four a remplacé depuis ces formats de match aller et retour, ndlr). La chance de jouer une finale retour à la maison, avec une équipe qui avait tout, entre l’expérience, la jeunesse et le talent. Je pense que c’était l’année ou jamais. Et on l’a fait. Ce match-là quelque part a contribué à décomplexer définitivement le handball français.

Athènes 2004, un mal pour un bien ?

Je dirais plutôt le Mondial 2007 pour cela. Athènes c’est clairement mon plus mauvais souvenir international. Nous n’étions pas assez prêt au niveau de l’expérience, des compétences et du travail à fournir en quelque sorte. La défaite en quart de finale était inéluctable par rapport à la préparation et la gestion de la compétition entre autres. Nous ne pouvions pas faire mieux. En plus nous avons mal géré l’échauffement du fait d’un quart de finale précédent disputé en deux prolongations et des jets de 7m. Nous avions faux sur toute la ligne. Et pourtant on se prenait pour les meilleurs. Une rude leçon.

Euro 2006, un acte fondateur ?

Tout le monde avait peur de nous et c’était le moment de le montrer vraiment sur une compétition. Entre l’éclosion de Luc, la confirmation de Nikola et l’explosion de Thierry, tout s’est mis en place au bon moment. Et il n’y avait pas grand-chose à faire contre nous.

Mondial 2007, sentiment d’injustice ?

Pas vraiment, cela fait partie de l’apprentissage. On ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes, lorsque tu as des balles de +3 ou +4 et que c’est toi qui fais la mauvaise passe ou le mauvais geste, nous avons préféré retenir cela que les éventuelles fautes d’arbitrage. Ce qui nous a aidé certainement a gagné en Croatie deux ans après et peut-être au Danemark ensuite. Si tu es meilleur, même en terrain adverse, tu dois être capable de tuer le match. Nous avions quand même pris une volée en poule contre l’Islande, et perdu aussi l’Allemagne auparavant.

Pékin 2008, une apothéose ?

Non, nous étions dans la lignée de nos précédentes productions et notre indéniable montée en puissance. Ce fût simplement la confirmation de ce talent, de cette force et de la domination qui allait suivre. A titre personnel, je suis aux anges, avec la plus belle des médailles dans le contexte le plus magnifique, des Jeux olympiques.

Mondial 2009 en Croatie, son chef d’œuvre ?

Oui ce championnat du Monde en Croatie fait partie de mes plus belles réussites. Que ce soit individuellement (10/12 en finale et nomination All Star de la compétition) ou collectivement. Tout s’est passé presque comme on en rêvait. Le scénario parfait, la finale idéale et une ambiance extraordinaire. Que ce soit la pression de l’événement, l’arbitrage ou le public, nous avons tout géré parfaitement. Grâce à 2007, à 2004, tous ces moments que nos avions ratés auparavant.

Le règne des Experts (2009-12), succès d’une génération ou d’une méthode ?

Surtout génération à mon avis. Notre avantage, sans se prendre pour un autre, c’est qu’il y avait une star à chaque poste, sans concurrence, hormis à l’arrière droit, où Fernand a quand même joué plus que les pompiers de service. Et comme les blessures nous ont épargnés, autour d’un Didier Dinart au sommet en défense, on ne pouvait pas rêver et vivre mieux.

Meilleur ailier gauche de LNH entre 2003 et 2015, une fierté ?

C’est forcément agréable d’être reconnu par ses pairs, et d’avoir performé sur une telle durée. Je ne sais pas quoi dire de plus. Maintenant, j’essaie toujours d’être le meilleur possible et je joue sur deux postes. Mon objectif est de rendre service à l’équipe. Tant mieux si cela est accompagné d’une récompense individuelle.

Euro 2014, nouveau départ ?

Nous avions été en échec au rendez-vous mondial précédent, il fallait en plus digérer les arrêts de Didier Dinart et Daouda Karaboué, et nous sommes arrivés au Danemark avec une préparation très moyenne. D’autant que Thierry Omeyer, blessé, a manqué le premier tour. Du coup, nous sommes montés en régime au fil de la compétition, sans jamais vraiment dominer et maîtriser notre sujet. Hormis sur la demi-finale contre l’Espagne, toujours particulière, et le final en apothéose face au Danemark, qui se voyait pourtant sacré sur ses terres. L’équipe et ses cadres ont fait preuve de beaucoup de forces.

Un secret de longévité ?

Le travail, la persévérance, l’amour du jeu, du ballon, du public et du spectacle. Voilà sans doute le mix qui m’a guidé. J’ai eu un moment des problèmes congénitaux on va dire, traduit par différentes blessures, qui m’ont bloqué et auraient pu m’handicaper sur la suite de ma carrière. On l’a décelé à l’approche de mes 30 ans seulement, et aujourd’hui je suis en pleine forme, c’est vraiment cool, comme une seconde jeunesse. Ce n’est pas évident de changer de corps ou d’équilibre sur le tard, je le savoure pleinement maintenant.

Rio 2016, frustration ou satisfaction ?

On n’est pas du style à se satisfaire d’une finale perdue et de vivre avec des regrets. Je pense que nous étions la meilleure équipe et armés pour aller chercher ce titre-là et une troisième couronne olympique consécutive. Le fait de jouer tant de matchs contre la même équipe (le Danemark) nous a forcément desservi. On a manqué aussi certainement de fraicheur sur la fin. Lorsque tu es aussi près d’un triplé, que tu ne manques pas d’arguments, c’est forcément une grosse déception et une indéniable cicatrice.

Mondial 2017, rendez-vous à ne pas manquer ?

Il est évident que je n’aurais pas du tout apprécié qu’une autre nation vienne soulever le trophée chez nous. Quoi qu’il arrive désormais, nous avons répondu présent au moment précis. Ce fût magique de partager toute cette joie avec nos supporters. Car nous avons rempli notre objectif, sans stress et tout en prenant énormément de plaisir dans de telles ambiances, cette fois en notre honneur.

Champion 4 étoiles, joueur comblé ?

Oui quand même, je ne peux pas faire la fine bouche. Bien sûr que j’ai connu des ratés et des déceptions, mais cela fait partie d’un chemin. On se sert plus de ses échecs que de ses victoires.

Vidéo | Le “roucouchab” magique de Michaël Guigou

De quoi rêver encore ?

Je n’ai jamais trop rêvé. Ce sont plus les autres qui m’ont fait rêver, comme les Barjots et Bronzés. Mais sans que je veuille forcément être à leur place. Je voulais juste être champion du Monde comme eux. Après, tu t’adaptes aux circonstances, les objectifs sont différents. Nous venons de perdre deux piliers avec Thierry et Daniel. Le défi reste aussi intéressant. J’espère que l’on sera suffisamment fort pour continuer à gagner. Et prendre du plaisir !

Tokyo 2020, objectif avouable ?

Oui complètement. Ma réflexion s’est faite par rapport à cela après le Mondial du début de l’année. Thierry et Daniel ne se sentaient pas de repartir pour une olympiade. Moi j’en ai l’envie clairement. Je pense être largement capable de tenir jusqu’aux Jeux de Tokyo. Tant que je suis bon et que je suis sélectionné, ce sera mon objectif en tout cas. Et ce qui me motive le plus, c’est le plaisir que je prends tous les jours sur le terrain, avec Montpellier ou l’équipe de France.

La reconversion, toujours dans le hand ?

Oui, je prépare mon diplôme d’entraîneur pour les échéances de mars et mai 2018. J’aurai peut-être préféré le faire à la fin de ma carrière, l’opportunité s’est présentée avec un groupe d’autres internationaux, mon bilan de compétence allait en ce sens. J’ai foncé. Je ne veux pas encore réfléchir comme un entraineur, je vais y être contraint sur la fin de saison. Je pourrais ensuite pleinement me consacrer à la fin de ma carrière de joueur.

Paris 2024 ?

Il ne faut jamais dire jamais (rires). En tout cas, avec un tel événement en perspective, le sport va prendre une place encore plus importante. Ce ne peut-être que bénéfique au niveau structurel, humain et populaire.

Conseils de champion ?

Prendre du plaisir, se faire plaisir, sans négliger de travailler et se remettre en question, que l’on soit bon ou mauvais.

COTE JARDIN

Une journée sans hand

Cela n’existe plus trop ! Je la programme afin de rentabiliser le temps que je peux avoir avec ma fille. Récemment, dès la sortie de l’école, nous sommes allés à la mer, entre trottinette, frisbee et jeux de plage.

Trois personnes avec qui dîner

Pierre Rabhi, Akhenaton et François Damiens. De la sagesse et de l’humour.

Un voyage inoubliable

En famille à Maurice, dans une maison de rêve, après les JO 2012.

Une destination rêvée

Le Groenland et le Tibet.

Un objet

Je suis propriétaire depuis peu d’un télescope. J’ai mis six mois à le faire marcher mais c’est génial.

Une émission

Je ne suis plus trop télé. Avant j’aimais bien « C’est dans l’air » enchaîné de « C’est à vous », du sérieux suivi d’un peu de légèreté. Aujourd’hui, la seule émission que j’essaie de ne pas rater c’est NBA extra.

Un métier

Astronaute, astrophysicien… tous ces métiers qui explorent ou essaient de comprendre cet inconnu qu’est l’univers.

L’argent

Je ne me prive pas, je me fais plaisir, raisonnablement…

Une personnalité

Pierre Rabhi, paysan, écrivain, philosophe, fondateur du mouvement colibri et pionnier dans l’agriculture biologique. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre.

Une femme

J’ai bien aimé les déclarations de Meryl Streep aux Golden Globes contre Donald Trump. Ou Simone Veil, pour ses combats.

Une folie

Folie je ne vois pas, mais on s’est lancé avec ma femme dans l’accompagnement d’un projet « LEKOLI » pour l’ouverture d’une école au Mali à Bamako. Six ans après, les premières pierres ont été posées, le projet va aboutir !

Un cadeau

Un sourire de ma fille.

Ce que tu n’aimes pas que l’on dise de toi

Que je m’écoute trop !

Dans dix ans

Peut-être très très loin du hand…

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