« Côté cour, côté jardin » de Cyril Dumoulin

Côté Cour – Côté Jardin

Cyril Dumoulin
HBC Nantes
Equipe de France

« Nous ne serons pas trop de deux, avec Vincent, pour gérer l’héritage Omeyer. »

 

Propos recueillis par Hugo Chatelain

 

Cyril Dumoulin est incontestablement l’homme de ce début de saison au HBC Nantes. La paire qu’il forme avec Arnaud Siffert contribue également à l’enchaînement des performances chez les Violets. Une complémentarité que l’intéressé appelle de ses vœux également avec Vincent Gérard en Equipe de France. C’est entre autre ce que nous a confié Cyril, au détour d’un long entretien à la Trocardière, en toute franchise et lucidité.

COTE COUR

Premiers pas sportifs

J’ai commencé très jeune, au foot, avec mon père. Il était coach et avec mon plus jeune frère, il nous a naturellement emmenés vers cette pratique. Dès l’âge de 3-4 ans je devais être sur le bord du terrain et rapidement j’ai pris une licence au CS Vaulx-Milieu, un petit village dans la banlieue lyonnaise. Et j’y suis resté jusqu’à mes 12-13 ans je pense. J’ai même eu une approche pour rentrer dans le cursus de formation de l’Olympique Lyonnais. Mais entre-temps j’ai découvert l’ambiance du handball et je suis passé à autre chose.

Tes débuts dans le hand

J’ai découvert le handball grâce à l’UNSS au milieu des années 90. C’est sûr qu’à l’époque des Barjots, entre les JO 92 (Barcelone), 96 (Atlanta) et le titre mondial de 1995, j’ai forcément été influencé à un moment donné. En fait, à mon entrée au collège, mes parents ont opté pour un établissement certes à ¾ d’heure de la maison mais qui disposait de classes où les heures de sports étaient multipliées. C’est là où Jean Mermet, mon professeur d’EPS, m’a orienté vers l’équipe de hand, fleuron de l’école. J’avais sauté le CM2 pour entrer en 6e, et il voulait ainsi faciliter mon intégration.

Première chance de ta vie

D’avoir des parents qui m’ont toujours laissé faire ce que je voulais. A partir du moment où ils sentaient que j’étais motivé, ils m’ont toujours soutenu et accompagné. Même lorsque par exemple, je suis passé du foot au hand, presque un désaveu pour mon père malgré tout, il m’a suivi. Tout comme lorsque j’ai eu l’opportunité de rentrer en sport études et quitter du coup le foyer familial à treize ans et demi. Ils ont accepté.

17 octobre 2010

Le match contre Barcelone en Ligue des champions avec Chambéry (26 arrêts à 50%, ndlr). Un tournant, car je crois que c’est le jour où beaucoup de regards ont changé sur moi. Je suis passé du bon jeune gardien prometteur à un dernier rempart qui peut se frotter aux meilleurs. Certes, je n’étais pas le nouveau Thierry Omeyer, mais je venais de franchir un palier important, notamment aux yeux de Claude Onesta je pense. Après le virage des jeux Méditerranéens en 2009 à Pescara, où j’avais pris l’ascendant sur les autres jeunes gardiens pour le poste de n°3 derrière Thierry Omeyer et Daouda Karaboué. Et quelques jours du coup après ce match de Barcelone, je suis convoqué à mon premier vrai stage avec les A, j’intègre définitivement ce groupe et je n’ai pas raté un seul rassemblement depuis.

2009-14, dans l’ombre d’Omeyer et Karaboué

J’ai eu beaucoup de sentiments variés sur cette période-là. Au début, c’était la logique, cela me donnait le temps de travailler et apprendre au contact de cette équipe surnaturelle. J’ai énormément progressé rien qu’en les regardant. Puis à un moment donné, j’ai senti que j’atteignais le même niveau que Daouda, et j’ai pu avoir parfois le sentiment que l’on me refusait un éventuel autre statut, pour de mauvaises raisons. En même temps, les choix du sélectionneur étaient justifiés par ses résultats. Ce fût compliqué, même si finalement le plus dur est arrivé après. Cela m’a servi pour la suite.

Billets de match

D’abord cela illustre mon envie de m’occuper en permanence. Je ne suis pas du genre à rester devant ma console chez moi. Ce livre est né en fait du travail avec ma préparatrice mentale en fait, dans l’idée de noter mes sensations d’après match, pour voir ce qui revenait et identifier ce qu’il fallait travailler. J’ai toujours été à l’aise avec les mots, cela s’est transformé en monologue et ma femme est tombée un jour sur ces écrits. Elle m’a dit : « Je vis avec toi tous les jours, j’ai appris plein de choses en te lisant, tu dois les partager. »

Euro 2014

Mon meilleur souvenir. Et pourtant encore une fois, je prends une grosse claque au début. On apprend que Thierry n’est pas là, je fais la paire avec Vincent Gérard, et arrive le premier match. Après mes cinq années de loyaux services, Claude décide pourtant de lancer Vincent plutôt que moi. J’ai vraiment trouvé ce choix injuste et avant le match je voulais tout arrêter. Heureusement, l’histoire a voulu que Vincent rate son entrée en matière, que je réussisse la mienne derrière et que je reprenne la main jusqu’au retour de Thierry. J’ai enchaîné les performances, je reste jusqu’au bout et je suis même décisif en demi face à l’Espagne. Je devais rentrer juste sur un 7 mètres, j’enchaîne les arrêts et je vais au bout. Un petit quart d’heure qui donnera une authentique valeur à ce titre-là, car enfin j’ai le sentiment d’avoir participé et pesé dans cette aventure.

Rio 2016

C’était mon rêve de participer aux Jeux olympiques. Je l’ai tutoyé, on me l’a enlevé quelque part. On a donné l’Euro 2016 à Vincent, de peur qu’il s’impatiente où je ne sais quoi. J’ai senti à partir de là que cela m’échappait et que c’était fini pour moi.

La concurrence avec Vincent Gérard

Je pense qu’on l’a mal abordée au début. Elle était trop agressive entre nous, deux fortes personnalités. Nous ne l’avons pas vécue à un moment donné dans l’intérêt de l’équipe, plutôt de manière personnelle, voire égoïste. Nous avons tous les deux des torts. Nous l’avons compris. Cette partie est derrière nous…

Principal objectif aujourd’hui

J’ai commencé à accepter, à mon grand regret, que je ne ferai peut-être jamais de JO de ma vie. Mais paradoxalement, je suis prêt à tous les sacrifices pour en vivre un. Sinon, ce sera le grand regret de ma carrière.

Nantes

C’est un peu la bouée que l’on me jette au moment je suis en train de me noyer. L’histoire remonte même un peu avant, à octobre 2015 et ce début de saison où je ne joue pas avec Toulouse. Sur un déplacement à Nantes, je remets les pieds sur un terrain, je fais une bonne mi-temps et on arrache le match nul. Thierry Anti me dit alors qu’il a toujours cru en moi et veut me relancer. Il parlait de l’année suivante, mais rapidement Skof ou Schulz se blesse et la question de mon recrutement se pose dès novembre. Toulouse refuse…

COTE JARDIN

Une journée sans hand

J’ai deux programmes différents dans ce cas-là. Toujours avec ma femme, qui m’épaule à temps plein depuis que l’on a quitté Chambéry. Soit on s’échappe et la région de Nantes est parfaite pour cela, soit on bosse, même si cela va faire rire certains. Mais entre la préparation de mes stages de vacances, la mise en place prochainement d’une boutique en ligne, l’écriture et l’alimentation de mon site Internet ou les réseaux sociaux, je ne manque pas d’activités. Je ressens continuellement ce besoin de mener des projets et mettre en place des actions. Je déteste passer l’après-midi devant la télé à ne rien faire.

Trois personnes avec qui dîner

Dans un premier temps je dirais des grands sportifs comme Jordan… mais je préfère finalement mes trois amis que je ne vois pas assez : Maxime, Nicolas et Julien. Et au moins une bonne bouteille de vin.

Un voyage inoubliable

J’en ai deux. En Egypte, le long du Nil, où j’ai pris une claque historiquement et culturellement. Et mon voyage de noces de 2010 en Indonésie, sur les îles de Bali et de Java. Cette dernière notamment, extrêmement authentique, m’a profondément marqué.

Une destination rêvée

New York, une ville qui m’a toujours fasciné, et le Japon, qui m’attire par sa dualité entre la pointe technologique et ce respect des traditions. Comme quoi nous n’avons pas besoin de sacrifier l’un pour l’autre.

Un objet

Ma coquille. Je ne peux pas rentrer sur un terrain sans.

Une émission

Rendez-vous en Terre Inconnue ! La meilleure à mes yeux depuis bien longtemps…

Un métier

Sportif professionnel ! Ou tout autre métier qui te permet de vivre ta passion au quotidien ! 

L’argent

Un moyen de vivre beaucoup de moments pour se créer des souvenirs.

Une personnalité

Nelson Mandela, symbole du sacrifice et du combat pour l’égalité et l’acceptation de l’autre 

Une femme

Difficile de choisir entre ma femme et ma mère… Elles m’apportent et m’ont tant apporté !

Un défaut

Parfois trop gentil, dire non est une épreuve pour moi…

Une folie

Vivre seul ! J’en ai toujours été incapable et je ne pense pas pouvoir le supporter…

Une qualité

Ma générosité – ceux que j’aiment savent que je ferai tout pour eux, donnerai tout pour eux. Autant que je le pourrai, je serai là pour eux.  

Un cadeau

Une semaine de vacances avec tous mes potes en Martinique !!!!

Ce que tu n’aimes pas que l’on dise de toi

Que je suis ordinaire. Je ne veux pas être extraordinaire, juste différent, unique peut-être même…

Ton rêve absolu

Mourir avec le sourire…

Dans dix ans

Je ne sais pas et ne veux pas savoir… Le présent m’intéresse beaucoup plus.

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